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Publié le 09/08/2025

Haïti et la République dominicaine, liés depuis des siècles par une histoire commune faite de conflits, migrations et interdépendances, portent encore le poids de ce passé. Aujourd’hui, à travers l’immigration haïtienne, la République dominicaine révèle ses fractures profondes. Entre chaos politique à Port-au-Prince, main-d’œuvre bon marché, systèmes sociaux fragiles et tensions frontalières meurtrières, cet article met en lumière une réalité où humanité et économie se croisent. Un récit qui résonne bien au-delà des Caraïbes, là où les minorités deviennent trop souvent les boucs émissaires.

Haïti 2025 : entre colère, chaos et effondrement

Les rues de Port‑au‑Prince grondent depuis des années. Après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, la justice peine à avancer. Malgré plus de 50 suspects, dont des ex‑soldats colombiens et des officiels haïtiens impliqués : aucune conclusion. Pire. L’économie s’enfonce, freinée par l’insécurité, la corruption et l’inflation galopante. On observe une contraction de 4,2 % en 2024, et une nouvelle baisse attendue de 2,2 % en 2025.

Les gangs contrôlent aujourd’hui 90 % de Port‑au‑Prince, forçant plus d’1,3 million de personnes à fuir leur demeure. Hier encore, un nouveau chef de la police a été nommé pour reprendre pied face à cette violence omniprésente.

Travailleur à Punta Cana Bávaro, juillet 2025

Quand la souffrance haïtienne devient moteur économique dominicain

L’émigration haïtienne vers la République dominicaine ne cesse de croître. Sa main‑d’œuvre alimente les secteurs de la construction, l’hôtellerie, l’agriculture . C’est un vrai levier économique. Mais à quel prix humain ? 

Pourtant, selon un sondage Greenberg publié par Diario Libre, 61 % des Dominicains estiment que l’immigration haïtienne nuit à leur économie, tandis que 79 % soutiennent la fermeture de la frontière. Derrière les chiffres, ce sont des histoires de vies migrantes, de sacrifices pour nourrir une famille de l’autre côté, souvent invisibilisées.

Travailleurs rassemblés, prêts à rejoindre hôtels et chantiers en bus à Punta Cana Bávaro

Fragilisation des systèmes sociaux en République dominicaine

La présence croissante de Haïtiens pèse sur les hôpitaux, les écoles, les infrastructures publiques. Les files s’allongent. Les ressources se raréfient. On observe que les naissances d’enfants haïtiens génèrent parfois des tensions identitaires et administratives, amplifiées par des pratiques discriminatoires contre les Dominicains d’origine haïtienne.

Le service public dominicain en souffrance endémique

Mais il faut rappeler que les systèmes sociaux dominicains étaient déjà fragiles avant l’augmentation migratoire.

La République dominicaine souffre depuis des décennies de sous-investissements publics, d’une gestion inefficace et d’une corruption endémique qui détourne des fonds essentiels. En effet, selon Transparency International, la République dominicaine a un score de 36 cette année 2025 (Indice de perception de la corruption), avec un changement de 1 par rapport à l’année dernière, ce qui signifie qu’elle se classe 104e sur 180 pays (source). 

La République dominicaine reste classée parmi les pays les plus corrompus d’Amérique latine, ce qui limite la qualité et l’accessibilité des services. Dans ce contexte, l’afflux de patients ou d’élèves d’origine haïtienne exacerbe des tensions identitaires et administratives, amplifiées par des pratiques discriminatoires contre les Dominicains d’origine haïtienne.

Frontière entre Haïti et la République dominicaine : instants d’incertitude et tensions explosives

Les expulsions massives sont devenues presque routinières, comme des bataillons humains poussés vers l’inconnu. Ces opérations brusques nourrissent l’angoisse, les séparations familiales, les embuscades à la frontière… Une humanité brisée sous le poids des barbelés et de la peur. À Bávaro Punta Cana, le camion de la migration circule presque chaque jour, procédant à des contrôles au faciès et expulsant les Haïtiens sans papiers. 

Des tragédies fréquentes…

Dans la nuit du 5 au 6 août 2025, un nouvel épisode tragique a secoué la frontière : un Haïtien a été tué et un soldat dominicain blessé près du mur en construction dans la province de la Independencia, selon la Police dominicaine. Ce mur, long de plusieurs centaines de kilomètres, incarne la militarisation croissante de cette ligne divisant deux peuples.

Ces incidents ne sont plus des exceptions : ils reflètent une réalité brutale où chaque expulsion, chaque confrontation armée à la frontière alimente l’angoisse, blesse des familles, et transforme le paysage humain en champ de peur. Au détour d’un grillage, c’est l’humain réduit à l’état de statistique, la dignité fracturée par les barbelés.

Instrumentalisation politique, racialisation et déni

En RD, les discours politiques exploitent ces mouvements migratoires pour détourner l’attention des vraies crises. Ce bouc-émissaire vivant—le migrant, le “pas comme nous”—résonne dans d’autres sociétés. Partout, certaines élites pointent les minorités comme causes de déclin, de chômage, de fragilité sociale. Résultat ? Racisme injustifié, lois discriminatoires, générations sacrifiées.

Ce récit n’est pas unique. Les États d’Amérique, l’Europe ou l’Asie désignent les étrangers comme responsables des crises intérieures. On stigmatise, on expulse, on dénie. Pourtant, à chaque fois, derrière ces récits simplistes, c’est la structure même du système qui est questionnée. 


Source : AP Newsbanquemondiale.orgAP NewsReutersJournals.openeditionJuno7Amnesty InternationalAmnesty InternationalYoutube

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